4 – Les équipements artistiques et culturels

Qu’ils relèvent d’une gestion privée, publique ou de tiers-secteur, les équipements à vocation artistique ou culturelle sont désormais confrontés à un spectre élargi d’enjeux et d’objectifs, tant par la diversité des usagers qu’ils sont amenés à considérer que par la pluralité de leurs sources de financement. À l’intersection d’intérêts individuels et collectifs, particuliers et généraux, le plus souvent non spontanément convergents, ils nécessitent de plus en plus une gouvernance multipartenariale, qui, s’éloignant de la stratification actuelle des projets et des publics, interpelle de fait la déontologie professionnelle.

Face aux aspirations actuelles des citoyens dont beaucoup sont à la recherche d’espaces d’expériences sensibles, plus émotionnelles que pulsionnelles, la forte centration historique des équipements sur la mise à disposition des professionnels de moyens de recherche esthétique, de fabrication artistique, de patrimonialisation et de diffusion d’œuvres auprès des publics doit désormais se combiner avec une capacité d’accueil et d’hospitalité à même de gérer une multiplicité d’usages toujours plus grande. Il s’agit prioritairement de « prendre soin » autant des personnes et des groupes que des projets s’inscrivant dans une perspective double d’individualisation expressive et de bien commun.

Ces équipements sont devenus au fil des ans, pour certains professionnels, moins des lieux publics que des espaces de reconnaissance. Il s’agit à présent de les réinventer, de combiner une multiplicité de fonctions et d’usages dans un même espace. Cela devient urgent, ne serait-ce que pour prendre en compte les nombreuses initiatives artistiques portées par les citoyens. Entre autres, il devient crucial de donner toute leur importance aux diverses pratiques et communautés virtuelles issues de la révolution numérique en cours. La captation de ces espaces publics par des intérêts particuliers induit d’ailleurs souvent une captation des moyens humains, logistiques et financiers, qui prive le territoire de ressources indispensables à sa cohésion et à son développement inclusif.

Ouvrir ce chantier, c’est chercher d’autres voies que l’accroissement de la spécialisation des lieux publics, avec la centralisation des ressources que cela implique le plus souvent. C’est aussi envisager le soutien des centres de production et de fabrication artistiques sur des crédits plus diversifiés que ceux strictement affectés à la « culture ». C’est encore démultiplier les ressources des territoires en termes d’imaginaire et d’ouverture à l’autre, de compétences humaines et de soutien logistique.

Pour approfondir, voir les contributions :

#4, « Agir politiquement en faveur d’une culture humaniste à partir d’un principe de réalité », à partir de l’étude de cas de la Médiathèque André-Malraux de Strasbourg, novembre 2013.

#8, « Coopérer ou labelliser ? Telle est la question », à partir de l’étude de cas du Contrat d’Objectifs et de Moyens du Théâtre de l’Agora, Scène nationale d’Évry et de l’Essonne, septembre 2015.

#3, « Adoptons une position plus large sur la culture pour définir les futures politiques publiques », à partir de l’étude du texte d’orientation politique de la FNCC, juillet 2013.

#5, « Faire de l’action publique en faveur de la culture un levier de l’innovation sociale et politique », à partir de l’étude de cas du projet de médiathèque de la Communauté de communes entre Dore et Allier accompagné par la 27e Région, janvier 2014.

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L’Institut de coopération pour la culture est un groupement de professionnels travaillant dans le secteur culturel. C’est un espace d’échanges et de contribution et aussi un espace de transmission et de capitalisation d’expériences.

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